Performance et diversité : une association fructueuse

Cette troisième conférence plénière de l’Université d’été des recruteurs, organisée par Euromed Marseille les 1er et 2 juillet 2008, a fourni quelques clés pour mettre en œuvre une politique de diversité efficace. L’objectif : passer d’une logique de contrainte à une logique de performance.

Une évidence la diversité ? Rien n’est moins sûr. « Il ne faut pas oublier que jusque dans le milieu des années 1980, la règle était d’avoir un moule homogène et reproductible de salariés », commence Virginie Martin, professeur de sociologie à Euromed Marseille. Et la formule affichait des avantages évidents. Avec des codes communs, les salariés prenaient des décisions rapides, de nombreux conflits étaient évités et les chocs culturels n’existaient pas.
« C’est en partie pourquoi certaines entreprises appréhendent encore la diversité comme une contrainte », poursuit l’enseignante. Une contrainte imposée, notamment, par la mondialisation et la nécessité de répondre aux attentes de clients divers.
Pourtant, la diversité présente des avantages certains. « Communiquer sur la Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) permet aussi d’avoir une bonne cote auprès de la population, ajoute Virginie Martin. Les consommateurs peuvent afficher une certaine empathie. » Et c’est avec ce type de raisonnement que l’entreprise entrera peu à peu dans une logique de performance.

S’approprier la notion

Seulement, avant même de parler de performance, il s’agit de délimiter le périmètre de la diversité. Pour Brigitte Dormion, responsable diversité chez Sodexo, « à l’image des anglo-saxons qui ont un terme spécifique (diversity & inclusion), nous devons peut-être inventer un nouveau mot pour exprimer notre culture et notre approche de la notion ».
Une approche qui, pour Sodexo, passe par la définition de quatre axes de travail : le handicap, la féminisation, l’âge et les minorités ethniques. Sodexo a alors travaillé sur les représentations mentales, sur les préjugés des salariés. « Nous avons, par exemple, diffusé un film de sensibilisation qui montre un collaborateur handicapé en situation de travail », note la responsable diversité. Une façon de permettre aux collaborateurs de prendre un certain recul.
Au-delà de la réponse à une contrainte légale (afficher 6 % de salariés handicapés), il s’agit également de répondre à une nécessité économique et donc d’entrer dans une logique de performance. « Nous sommes sur des métiers en tension et nous allons chercher les compétences où elles se trouvent, note Brigitte Dormion. D’autant plus que nous tombons généralement sur des salariés très motivés et très assidus. »

Le résultat d’un processus

Dans le même ordre d’idée, Jean-François Connan, responsable de la diversité chez Adecco, énonce sa vision de la diversité : « Il s’agit du résultat d’un processus et non quelque chose que l’on décrète. »
Il poursuit : « En 1999, il y avait une certaine ignorance – majoritairement inconsciente – du sujet. » Le groupe a travaillé avec l’état et a mené des analyses pour comprendre le phénomène. S’en est suivi un processus de formation pour 2 700 collaborateurs. « Nous leurs avons alors présenté la discrimination comme une pratique relevant de la délinquance », précise Jean-François Connan. Adecco a également travaillé sur l’accompagnement de ses salariés. Il s’agit de leur expliquer comment gagner des parts de marché en respectant une égalité de traitement ou encore comment argumenter devant un client formulant une demande discriminante.
Ici encore, la formule se révèle payante. « Cette démarche peut devenir le contenu d’une offre, explique le responsable diversité. Car beaucoup d’entreprises recherchent des profils diversifiés sans avoir la capacité de les trouver. »

“Hard Law” versus “Soft law”

Surtout, passer d’une logique de contrainte à une logique de performance est indispensable pour mener à bien une politique de diversité. « La contrainte ne suffit pas, argue Soumia Malinbaum, DRH de Keyrus et présidente de l’AFMD (Association française des managers de la diversité). On ne change pas les mentalités par décret. Une injonction réglementaire peut toujours amener à des contournements. »
Aussi, à la “hard law”, Soumia Malinbaum préfère le concept de “soft law”. « Nous avons ainsi travaillé sur les seniors, les femmes, la diversité de formation et de parcours à travers plusieurs chartes ou encore en participant à un forum de recrutement dédié aux seniors », soutien la DRH.
Et l’enjeu est avant tout emprunt de performance. « Nos clients ont besoin d’interlocuteurs qui ont une mémoire de 10 ans sur les systèmes d’information », appuie Soumia Malinbaum. Une mémoire dont seuls les seniors disposent.
En guise de conclusion, les intervenants ont rappelé qu’en la matière, l’entreprise ne peut pas tout. Ils on souligné le rôle « très important » de l’éducation nationale. Brigitte Dormion relève : « C’est dès la maternelle et tout au long de la scolarité que les classes doivent accueillir les personnes handicapés. » Car si la société demeure élitiste en matière de formation, le schéma ne pourra qu’être reproduit par les hommes issus de cette même société et composant les entreprises.

Brice Ancelin

www.euromed-marseille.com

Enquête Cegos : après le papy boom, la gestion des talents

L’organisme de formation professionnelle rendait publique, le 1er juillet 2008, la 6ème édition de son enquête intitulée “Choc démographique : spécial talents”. Réalisée auprès de professionnels RH d’entreprises de moins de 249 salariés à plus de 5000 salariés, l’étude révèle que la gestion des talents s’avère désormais plus importante que la gestion du papy boom.

Le papy boom n’est plus une priorité pour les professionnels RH ! C’est du moins ce que révèle la 6ème édition de l’enquête menée par la Cegos auprès de 270 professionnels des ressources humaines (DRH, chefs du personnel, responsables de département RH, RRH et chargé de projet spécial talents) et publiée début juillet 2008.
Ainsi, ces acteurs des ressources humaines ne sont plus que 21 % à considérer les départs à la retraite comme particulièrement importants. Dans le même ordre d’idées, ceux-ci considèrent que les départs à la retraite du papy boom dans leur entreprise sont dans la moyenne nationale (41 %) et peu ou pas importants (41 %). Des départs a priori anticipés (pour 69 % des interviewés), puisque la majorité des personnes interrogées (52 %) a mis en place des modalités de transfert et de capitalisation des connaissances sur les postes et les compétences clés de l’entreprise. L’objectif, désormais, est plutôt de parvenir à un management effectif des talents.

Un marché tendu

Ainsi, pas moins de 71 % des professionnels RH questionnés appréhendent la gestion des talents comme un axe prioritaire pour leur entreprise. En cause, notamment, un marché du travail jugé tendu ou difficile pour l’employeur (82 %). Exigence croissante de résultats financiers, compétitivité et accélération des changements, imprévisibilité de l’environnement ou encore pénurie de compétences s’ajoutent à cette tension.
Toute la difficulté réside donc, non seulement dans la captation et la rétention des talents, mais également dans la définition même de ces derniers. Aussi, les critères d’identification des talents sont, notamment, les compétences identifiées, le potentiel estimé par le manager, le savoir-être ou encore un niveau de performance élevé, c’est-à-dire « au dessus des standards », précisent les auteurs du document. Leurs compétences ? Les personnes interrogées répondent : la capacité à travailler en équipe, à gérer des projets complexes, à manager, à communiquer et à anticiper. Parmi ces collaborateurs tant recherchés, 3 profils se distinguent : les managers performants (87 %), les jeunes à potentiel (86 %) et les experts clé (72 %).

Des outils trop classiques

Seulement, les outils utilisés pour identifier ces perles rares demeurent encore trop classiques. Figurent ainsi en tête les entretiens de fin d’année menés par les managers (80 %), les entretiens de recrutement (70 %) ou encore les entretiens professionnels menés par les managers (70 %). L’échec éventuel dans la détection des talents proviendrait aussi d’un manque de sensibilisation et de formation des managers au rôle de détecteur de talents (77 %). Par ailleurs, 56 % des entreprises interrogées n’ont pas mis en place de dispositif pour attirer et fidéliser les hauts potentiels. Et lorsque ces pratiques existent, elles sont utilisées de façon très disparate selon les entreprises. Tout l’enjeu réside donc dans l’innovation des instruments de détection des compétences et dans la professionnalisation des managers pour ce nouveau rôle.

Brice Ancelin

« Les femmes managers trop peu visibles sur la toile »

Les femmes trop peu présentes dans les conseils d’administration des grandes entreprises européennes ? Une évidence. En revanche, ce que l’on savait moins, c’est que ces femmes, pourtant aux commandes de puissants groupes, sont largement sous-représentées sur la toile.

 

En matière de visibilité sur internet et de « réseautage », les femmes managers ont encore du pain sur la planche. Souvent appelées à des fonctions importantes pour leur compétence, elles omettent parfois de travailler le relationnel.
« Il y a dix ans, j’ai été appelée à rejoindre le conseil d’administration d’une entreprise parce que j’étais experte dans mon domaine » reconnaît Chantal Didelot, aujourd’hui directrice fusions & acquisitions dans l’industrie, le conseil et la banque, « Toute la difficulté consiste ensuite de passer du statut de bonne experte à celui d’administrateur généraliste. Et, pour cela, il faut jouer la carte du réseau ». A un certain niveau de responsabilité, les compétences sont certes importantes, mais pas suffisantes.

Seules 28 femmes membres de CA sur 100 sont “googlelisées”

« Le réseau est la clef de toute réussite. Or les femmes ne sont pas encore passées maîtres dans l’art du réseautage » constate Marie-Claude Peyrache, vice-présidente du réseau professionnel féminin European Professional Women’s Network*.
Une étude réalisée dans le cadre du livre « Women on Boards – Moving Moutains » (2007) écrit par deux membres de ce réseau apporte des résultats édifiants. Sur un échantillon de 100 hommes et 100 femmes membres des grands « boards » européens, il apparaît que les 100 hommes sont visibles sur Google, contre seulement 28 femmes !
Que ce soit par manque de temps ou parce qu’elles n’y voient pas une priorité, les femmes ne « réseautent » donc pas assez.
Or le relationnel fait parti des points clefs à travailler pour celui qui, homme ou femme, souhaite monter en puissance : « Réseauter, saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, se rendre visible sur la toile et continuer à se former : voici quatre conseils de base pour qui vise un poste clef dans une grande entreprise » conclut Maire-Claude Peyrache.

C.G.

Etat des lieux

En Europe, la proportion de femmes présentent dans les conseils d’administration des 300 plus grandes entreprises est de 8,5 % en 2007 (7,3 % en France). A noter qu’il subsiste des disparités criantes entre pays, avec un fossé notable entre les pays scandinaves (plutôt bien classés) et les pays du sud comme l’Italie ou la Grèce, en queue de peloton. Or le problème ne se pose pas seulement en termes de présence, mais aussi de représentativité. En effet, une femme isolée au sein d’un conseil d’administration exclusivement masculin a-t-elle vraiment son mot à dire ? D’après Annalisa Gigante, co-auteur avec Mirella Visser du livre « Women on Boards – Moving Moutains » : « La diversité des conseils d’administration est franchie dès que le seuil de trois femmes est atteint. L’impact sur la prise de décision devient alors bien réel ». En France, on peut compter sur les doigts d’une main les grandes entreprises comptant trois femmes dans leur « board » : Pernod Ricard, BNP Paribas, L’Oréal, Saint-Gobain et Alcatel-Lucent.

* Le réseau professionnel European Professional Women’s Network regroupe quelques 3000 femmes cadres supérieurs et organisent de nombreuses manifestations dans toute l’Europe : www.parispwn.net