Les femmes trop peu présentes dans les conseils d’administration des grandes entreprises européennes ? Une évidence. En revanche, ce que l’on savait moins, c’est que ces femmes, pourtant aux commandes de puissants groupes, sont largement sous-représentées sur la toile.
En matière de visibilité sur internet et de « réseautage », les femmes managers ont encore du pain sur la planche. Souvent appelées à des fonctions importantes pour leur compétence, elles omettent parfois de travailler le relationnel.
« Il y a dix ans, j’ai été appelée à rejoindre le conseil d’administration d’une entreprise parce que j’étais experte dans mon domaine » reconnaît Chantal Didelot, aujourd’hui directrice fusions & acquisitions dans l’industrie, le conseil et la banque, « Toute la difficulté consiste ensuite de passer du statut de bonne experte à celui d’administrateur généraliste. Et, pour cela, il faut jouer la carte du réseau ». A un certain niveau de responsabilité, les compétences sont certes importantes, mais pas suffisantes.
Seules 28 femmes membres de CA sur 100 sont “googlelisées”
« Le réseau est la clef de toute réussite. Or les femmes ne sont pas encore passées maîtres dans l’art du réseautage » constate Marie-Claude Peyrache, vice-présidente du réseau professionnel féminin European Professional Women’s Network*.
Une étude réalisée dans le cadre du livre « Women on Boards – Moving Moutains » (2007) écrit par deux membres de ce réseau apporte des résultats édifiants. Sur un échantillon de 100 hommes et 100 femmes membres des grands « boards » européens, il apparaît que les 100 hommes sont visibles sur Google, contre seulement 28 femmes !
Que ce soit par manque de temps ou parce qu’elles n’y voient pas une priorité, les femmes ne « réseautent » donc pas assez.
Or le relationnel fait parti des points clefs à travailler pour celui qui, homme ou femme, souhaite monter en puissance : « Réseauter, saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent, se rendre visible sur la toile et continuer à se former : voici quatre conseils de base pour qui vise un poste clef dans une grande entreprise » conclut Maire-Claude Peyrache.
C.G.
Etat des lieux
En Europe, la proportion de femmes présentent dans les conseils d’administration des 300 plus grandes entreprises est de 8,5 % en 2007 (7,3 % en France). A noter qu’il subsiste des disparités criantes entre pays, avec un fossé notable entre les pays scandinaves (plutôt bien classés) et les pays du sud comme l’Italie ou la Grèce, en queue de peloton. Or le problème ne se pose pas seulement en termes de présence, mais aussi de représentativité. En effet, une femme isolée au sein d’un conseil d’administration exclusivement masculin a-t-elle vraiment son mot à dire ? D’après Annalisa Gigante, co-auteur avec Mirella Visser du livre « Women on Boards – Moving Moutains » : « La diversité des conseils d’administration est franchie dès que le seuil de trois femmes est atteint. L’impact sur la prise de décision devient alors bien réel ». En France, on peut compter sur les doigts d’une main les grandes entreprises comptant trois femmes dans leur « board » : Pernod Ricard, BNP Paribas, L’Oréal, Saint-Gobain et Alcatel-Lucent.
* Le réseau professionnel European Professional Women’s Network regroupe quelques 3000 femmes cadres supérieurs et organisent de nombreuses manifestations dans toute l’Europe : www.parispwn.net