Les augmentations plus individuelles que jamais

Les augmentations collectives obtenues chez L’Oréal et Prisma Presse font figure d’exception. En dépit de la montée des conflits et de la baisse du pouvoir d’achat, les entreprises plébiscitent les primes individuelles et rivalisent d’imagination pour récompenser la performance personnelle.

 

Les caissières ne veulent plus se contenter de médailles en chocolat. Bien décidées à récolter des espèces sonnantes et trébuchantes, une partie d’entre elles vont déserter leur poste durant le week-end de Pâques. Après celle, historique, du 1er février dernier, une nouvelle action unitaire dans la grande distribution est prévue le 22 mars 2008, veille de la trêve pascale, afin d’obtenir des augmentations de salaire collectives.

 

Après l’individualisation, la collectivisation ?

Déjà, grâce à leur grève très médiatisée, les 12 000 salariés français de L’Oréal ont obtenu, pour la première fois depuis quatre ans, un coup de pouce financier. Idem chez Prisma Presse (l’éditeur entre autres des magazines Géo, Femme Actuelle et… Capital) qui, suite à une mobilisation dans les rédactions, a accepté une hausse collective des rémunérations. Alors, après l’individualisation des salaires, serions-nous en train d’assister, sous la pression des conflits sociaux et de l’inquiétude des Français sur leur pouvoir d’achat, à une « collectivisation » des fiches de paye ?

 

Les performances du salarié d’abord

« Ces exemples tiennent plus de l’effet de vitrine que d’une tendance de fond », relativise un spécialiste des « rémus ». Pire : la stratégie d’ individualisation aurait même tendance à se renforcer. Ainsi, dans le deuxième accord triennal sur les rémunérations signé par Axa en novembre dernier, l’accent est plus que jamais mis sur les performances de chaque salarié. « Le montant des augmentations individuelles de nos cadres a progressé de 25 à 27% », confirme Serge Morelli, DRH d’Axa France.

 

La priorité à l’individuel pour les non-cadres aussi

L’assureur a décidé d’aller plus loin en étendant, à compter de 2009, le dispositif aux non-cadres. Et certains groupes de restauration réfléchissent à mettre en place des augmentations individuelles pour leurs… cuisiniers. Toutefois, conscientes de la montée des revendications, les entreprises rappellent que les revenus des salariés ne se limitent souvent pas à leur seul salaire. Toujours chez Axa, l’intéressement, la participation et l’ abondement sur le Cesu (Chèque emploi services universel) ont été renforcés lors de la fameuse négociation triennale.

 

Pas de vision globale sur la rémunération

Reste que la majorité des salariés français ne disposent pas d’une vision globale de leur salaire. Il existe bien un Bilan social individuel (BSI), qui informe le salarié sur sa future retraite et sa couverture prévoyance, mais il est peu utilisé. Jean-Marc Revereau, le PDG du cabinet de conseil spécialisé JMR Consulting, milite pour une sorte de livret reprenant tous les éléments de la rémunération et comprenant un graphique illustrant ses évolutions. De quoi mieux faire passer la pilule ?

 

Catherine Trocquemé

http://www.cadres.apec.fr/

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